“
Ils ont senti que je pouvais devenir un des plus grands pilotes
de tous les temps”. Lorsqu’en pleine campagne présidentielle,
George Bush évoque son service au sein du Texas Air National
Guard, il ne fait pas dans la demie mesure. Son attachement à
la cause armée est d’ailleurs une constante de son
discours depuis qu’il s’est découvert un destin
national. Sa biographie, son programme, ses interviews sont autant
d’occasion de glisser une référence à
son glorieux passé militaire et au rôle formateur
de son passage sous les drapeaux. Mais voilà "Dubya"
n’est pas celui qu’il prétend être. Ses
exploits militaires se résument à un passage à
mi-temps dans une unité réservée aux fils
de bonnes familles alors que dans le même temps 350 jeunes
américains mourraient chaque semaine au Vietnam.
Le 17 janvier 1968,
le jeune Bush passe les tests de qualifications des officiers
de l’US Air Force. Ses résultats sont médiocres
et il obtient la note qualificative minimale. Et alors que près
d’un demi-million d’Américains combattent déjà
au Vietnam, George W. précise dans sa fiche de renseignements
qu’il ne souhaite pas servir hors des Etats-Unis. Et, enfin
de s’assurer de ne pas partir pour le front, postule immédiatement
pour la Texas Air National Guard, une troupe de réserviste.
Mais voilà, seul moyen d’échapper au conflit
vietnamien, les demandes affluent et la liste d’attente
dépasse les 100 000 candidatures. Pourtant le 27 mai 1968,
George Bush est admis pour six ans. Ce ne sont pas ses piteux
résultats, ni ses talents cachés qui ont permis
au futur Président d’obtenir son poste mais une intervention
de son père usant de ses relations politiques au Texas
pour s’assurer du bon sort de son fils. Les privilèges
qu’obtient W. ne s’arrêtent pas là. Après
six semaines d’entraînement, il est nommé Premier
Lieutenant, une première dans l’histoire de la Texas
Air National Guard...
L’emploi du temps relativement flexible de son service permet
à George Bush d’effectuer ses premiers pas en politique.
En septembre 1968, il travaille à la campagne sénatoriale
d’un candidat républicain en Floride. En novembre
1969, il est à Washington où on le voit au bras
de Tricia Nixon, la fille du Président. Ses occupations
extra-militaires ne l’empêchent pas d’obtenir
sa qualification de pilote en mars 1970. Ses “classes”
terminées, il est stationné à Houston et
rejoint “l’unité Champagne”, le groupe
réservé aux enfants de l’élite texane.
Jusqu’en 1971,
le parcours militaire de Bush est plus celui d’un privilégié
que d’un mauvais soldat. Mais, dans la quatrième
année de son service, le parcours de George W commence
à se brouiller sérieusement. Son dossier militaire,
dont nous nous sommes procuré une copie, montre qu’au
début 1972, il manque 14 jours de présence au Premier
Lieutenant Bush. Pire encore, le 24 mai 1972, il demande son transfert
pour l’Alabama. Ses véritables raisons ne sont pas
militaires mais politiques. Il souhaite travailler à nouveau
pour la campagne d’un sénateur républicain.
Mais tout se complique pour le jeune texan, sa requête est
rejetée et son incorporation à Houston est confirmée
. Pourtant Bush ne va pas suivre les ordres. Non seulement, il
ne rentre pas au Texas mais s’installe en Alabama où
il ne se présentera jamais à la base afin d’effectuer
la cinquième année de son service.
Il faut noter que
ce genre de comportement était assimilé à
l’époque à de la désertion et que les
coupables étaient immédiatement envoyés au
Vietnam. Mais rien de tout cela pour George W. Bush. Mieux encore,
les réseaux politico-militaires des Bush sont tels que,
comme le montre notre document, le rapport concernant cette période
critique entre le 1 mai 1972 et le 30 avril 1973, “n‘est
pas disponible pour raison administrative”.
Et il y a mieux encore:
En août 1972, Bush doit passer sa visite médicale
annuelle. Depuis janvier 1971, la National Air Guard impose des
tests de traçabilité de drogue. Bush qui a été
obligé de reconnaître une jeunesse tumultueuse a
affirmé n’avoir “plus rien pris depuis 1974”.
Justement la visite se déroule deux ans plus tôt
et pour des raisons que l’on ignore, Bush ne s’y présente
pas. Le lieutenant est alors immédiatement “suspendu
et interdit de vol” comme le confirme le mémo du
Major General Greenleaf que nous publions aujourd’hui. Et
en mesure disciplinaire, "Dubya" est envoyé pour
trois mois à Montgomery dans l’Alabama. Une punition,
comme le confirme le General William Turnispeed que le jeune Texan
n’effectuera pas : “ Si Bush s’était
présenté, j’en aurais quelques souvenirs et
ce n’est pas le cas. J’ai effectué ma formation
au Texas et si nous avions eu un premier lieutenant qui justement
venait du Texas, je m’en souviendrais”. En fait durant
la période, Bush est chez lui à Houston. Sa cinquième
année de service se conclue sans aucune journée
sous les drapeaux, et Bush débute sa dernière année
de la même manière. Attendu pour neuf jours d’exercice
en mai 1973, il ne se présente pas. Mieux encore, son rapport
d’activité semestrielle de l’année 1973
affiche trente-cinq journées d’absence, soit le total
de journées de présence obligatoire. Cette fois-ci
Bush prépare son année universitaire à Harvard
et du coup demande à être déchargé
de ses obligations militaires par anticipation. Et la Texas Air
National Guard, oubliant l’épisode de la visite médicale,
oubliant la disparition du soldat Bush pendant près d’un
an et demi, obtempère et - avec les honneurs - rend George
W. au monde civil.